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N’habite plus à l’adresse indiquée – Nicolas Delesalle

N’habite plus à l’adresse indiquée – Nicolas Delesalle

Quatrième de couverture :

La première fois qu’elle reçoit une lettre d’amour anonyme, Sissi est furieuse. C’est quand même le comble, pour une factrice ! La cinquantaine bien sonnée, un physique loin de celui de Romy Schneider, divorcée et marquée par l’accident de son fils, elle voudrait bien savoir qui ose jouer avec ses sentiments. Heureusement, Sissi peut compter sur ses collègues pour l’aider, surtout Simon. C’est encore lui qui parle le mieux de Sissi, de leur quotidien au bureau de poste, le leur monde a eux avec Dine, qu’on distingue à peine derrière ses tatouages. Luc, à l’humour aussi noir que naze. Paulo, le boulanger écolo philosophe. Martin, le père de famille au bord de la crise de nerfs. Alors quand les lettres enflammées se multiplient, les amis s’organisent et décident de mener l’enquête. Jusqu’au bout, jusqu’à la révélation finale. Même s’ils auraient peut-être préféré ne rien savoir.

Mon avis :

On découvre Sissi et ses amis dans un univers postal qui ne m’est pas inconnu. La Poste d’hier et d’aujourd’hui y est abordée à travers quelques exemples succincts : baisse du courrier et hausse des colis, l’émergence des nouveaux services, le tri et les casiers afin de préparer sa tournée. Sissi se révèle comme un être attachant, avec ses failles et blessures. Elle est une vraie pipelette. Elle aime s’occuper de toute la ville depuis la mort de son fils à 18 ans et le départ de sa fille en Australie. Sissi n’a pas été épargnée par la vie. Sa mère, illettrée, est décédée d’un cancer alors qu’elle se soignait dans un sanatorium. Elle lui faisait écrire des lettres par une patronnesse qui, grâce à ses mots, lui a sauvé la vie. Son père, marin, est mort en mer. Alors Sissi aime les lettres et chérit son courrier. On la sent forte, toujours là pour les autres, peut-être une manière de s’oublier elle-même.

Simon est son meilleur ami depuis l’enfance, peut être parce qu’ils ont perdu chacun un de leur parent et qu’ils se comprennent.

Sissi commence à recevoir des lettres de quelqu’un semblant très bien la connaître avec des détails très personnels. Ses amis vont mener leur enquête. Des faits graves vont survenir, entraînant Sissi dans une dépression et un arrêt de travail. Elle est en pleine dérive.

Sissi est un personnage intriguant, qui s’enferme dans un paraître pour n’inquiéter aucun de ses proches. Toujours souriante alors que son cœur saigne de la perte de son fils. Elle n’est pas du genre à confier ce qu’elle ressent au plus profond de son coeur. Le livre montre les dangers de ne pas exprimer ses émotions et de tout garder pour soi, de s’enfermer dans un mal-être invisible aux yeux de tous. Comme si rien ne pourrait jamais la réparer. Ses amis parviendront-ils a sauver Sissi de ses errances, ses démons et sa douleur ? Connaît-on réellement les gens qui nous entourent ? Jusqu’où pouvons-nous aider nos proches ? Jusqu’où le pouvoir des mots peut-il sauver des vies ou bien les réduire à néant ? Je vous invite à le découvrir en lisant ce livre. Et surtout n’hésitez pas à me confier votre ressenti après.

Mes extraits :

• « On connaît bien les gens quand on est facteur, surtout quand on reste longtemps, dix ans, vingt ans, sur la même tournée »

• « Elle a compris le pouvoir des lettres, des mots, elle a compris que cette dame lui avait sauvé la vie avec ces mots simples, ces mots qui n’ont l’air de rien et qui sont presque tout »

• « On s’est réunis autour de nos deuils. On pouvait partager les mêmes silences sans trop se juger, sans être mal à l’aise »

• « Les liens entre deux individus de deux espèces différentes sont très forts. Entre deux animaux de la même espèce, c’est l’instinct qui prévaut. Mais entre un être humain et un chien, c’est autre chose. On ressent du bien-être juste parce qu’on est ensemble »

• « On ne peut jamais imaginer qu’un instant tout simple, banal, va rester à jamais gravé dans nos mémoires »

• « Voir pleurer les gens me fout en l’air, mais les larmes des orphelins, je ne peux pas vraiment »

• « On devrait toujours faire attention, bien soupeser ce qu’on dit, attendre, se taire, essayer de comprendre avant de se moquer des gens. Il y a des mots, on les lance comme des ballons en mousse et les gens les reçoivent comme des balles de fusil d’assaut »

• « Quand les gens sourient, on cherche rarement à savoir ce qu’ils cachent derrière leurs dents »

• « On est démuni devant un ami en pleine dérive »

• « Ce n’est pas possible de faire semblant, ce n’est pas possible de réclamer l’attention du monde entier pour oublier ta comédie et tes masques, ta douleur et ta trouille, ta solitude »

• « C’est devant les grands malheurs qu’on comprend les choses et leur ordre, toujours trop tard. Maintenant, je n’ai plus cette timidité, les mots me viennent directement à la bouche, je n’ai plus de murs, plus peur. Je l’ai aimée sans le savoir. Il a fallu qu’elle disparaisse pour que je comprenne »

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