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Les victorieuses – Laetitia Colombani

Quatrième de couverture :

Brillante avocate, Solène tente de se reconstruire après un burn out. Acceptant une mission bénévole d’écrivain public, elle est envoyée au Palais de la Femme, vaste foyer au cœur de Paris. Les résidentes s’appellent Binta, Sumeya, Cvetana, Salma ou la Renée et viennent du monde entier. Lorsqu’elles voient arriver Solène, elles se montrent méfiantes. Solène vacille mais s’acharne, bien décidée a trouver sa place auprès de ces femmes aux destins tourmentés….

Un siècle plus tôt, Blanche Peyron œuvre en faveur des démunis. Elle a voué sa vie à l’Armée du Salut et rêve d’offrir un refuge à toutes les exclues de la société. Le chemin est ardu, mais Blanche ne renonce jamais.

Laëtitia Colombani donne vit à ces Victorieuses anonymes, a Blanche l’oublié, a toutes celles qui refusent de se résigner. Un hymne à la solidarité prodigieusement romanesque.

Mon avis :

Ce livre est un gros coup de cœur. J’ai énormément aimé cette histoire parallèle de ces deux femmes touchantes, courageuses et volontaires, honnêtes et sensibles à un siècle d’intervalle. Leur destin est lié.

D’un côté, Blanche qui fait preuve d’un engagement absolu. Elle rencontre Albin qui la touche bien plus que ce qu’elle veut bien s’avouer. C’est le début d’une association, la naissance d’un duo et ont le meme projet de vie. Ils projettent d’acheter un hôtel de 743 chambres pour y loger toutes les femmes sans abri de Paris. S’en suivra un long parcours du combattant pour réunir les fonds afin d’acheter ce lieu et le rénover. Un pari fou où Blanche enchaîne les discours et les conférences pour défendre son projet. Son éloquence évidente permet de convaincre toutes les classes sociales qui participent à ce grand élan de solidarité. Son refuge finit par ouvrir ses portes et accueille toutes celles que la vie a malmenées et que la société a mises de côté afin de panser leurs blessures et se relever. Une énergie dingue qui prouve que l’implication de chacun peut faire évoluer n’importe quelle situation. Tout est possible à qui y croit.

De l’autre côté, Solène, une jeune femme qui a beaucoup donné à son métier d’avocate. Elle a un bel appartement, de l’argent mais est malheureuse comme jamais. Après le suicide d’un client, elle est hospitalisée et son psychologue lui conseille une activité bénévole pour être utile aux autres. Elle qui a toujours rêvé d’écrire, tient une permanence au Palais de la femme. Après avoir eu du mal à trouver sa place m, elle finit par se faire accepter mais chaque jour est différent, chaque résidente ayant sa propre histoire, ses propres souffrances. Chaque petite victoire lui donne la sensation d’avoir trouvé sa place. Les résidentes lui confient leurs parcours et un lien de confiance se crée mais cet équilibre reste précaire. Elle écrit chaque courrier avec son intelligence, sa sensibilité et son honnêteté. Elle se sent habitée par l’histoire de ces femmes….jusqu’à ce qu’un drame vienne frapper la vie de l’une d’elle. Solène ne le vit très mal et souhaite abandonner. Une nouvelle rencontre va pourtant lui donner un nouvel élan et l’envie irrésistible de se battre pour sauver une nouvelle vie. Une revanche sur la misère. Lorsque les mots se révèlent impuissants, il faut passer à l’action.

Deux combats de femmes formidables et exceptionnelles qui font preuve d’empathie, de générosité, d’une volonté de fer pour tenter de venir en aide aux plus démunis. Cette histoire amène un autre regard sur ces personnes mises à l’écart de la société. Des histoires de précarité qui arrivent souvent plus vite qu’on ne le pense. Rupture familiale, exil, violence, chacune de ces femmes prendra une décision pour « se sauver ». Un regard, une attention, un mot ne coûte rien mais demande de s’intéresser un minimum à l’autre. S’ouvrir aux autres, aux exclus de la société peut sembler difficile dans cette vie moderne où tout va très vite mais un rien peut permettre de stopper la solitude dans laquelle certaines personnes s’enferment. Un livre bouleversant rempli d’espoir.

Mes extraits :

• »Du temps, voilà ce que demandent les associations. Sans doute ce qu’il y a de plus difficile à donner dans une société où chaque seconde est comptée. Offrir son temps, c’est s’engager vraiment »

• »Une carrière c’est bien, mais ce n’est pas ce qui vous tient chaud aux pieds la nuit »

• »Éprouvant une profonde empathie pour la souffrance d’autrui, elle entre en rébellion contre toutes les formes d’injustice. Sa sensibilité exacerbée est un don, un talent qui la portera vers les plus grands projets et les plus nobles missions »

• »Toute sa vie, elle a fait ce qu’on attendait d’elle. Il est temps de suivre son propre chemin, de se recentrer sur ses aspirations. D’apprendre à dire non »

• »Enfermée dans sa petite vie et ses problèmes, elle ne voit pas le monde tourner. Certains ont faim et n’ont que deux euros pour manger. Elle vient de prendre cette réalité en pleine face »

• »Oui pour le chemin à deux. Oui pour le combat partagé. Oui pour être ton amie, ton partenaire, ton associé. Oui pour me battre avec toi, ma vie durant. A deux, on est plus puissants »

• »Elle semble enfermée dans un monde qui lui appartient, qu’elle a peut-être construit pour se protéger des épreuves subies »

• »Elle a rien d’autre à offrir que cela, cette étreinte, ce geste dérisoire et immense qui signifie je suis avec toi »

• »Ce qui manque dans l’enfance vous manque pour l’éternité »

• »On mesure les grands amours et les grands projets à l’aune des risques que l’on prend pour eux »

• »Elle ne peut envisager l’avenir en continuant à regarder le passé »

• »Leur attention bienveillante qui l’avait aidée à tenir. Il ne faut pas sous-estimer les petits gestes et les sourires, ils sont puissants. Ils sont autant de remparts contre la solitude et l’abattement »

• »L’estime de soi, c’est ce qu’il y a de plus difficile à regagner »

• »La confiance et l’amour sont ses meilleurs alliés »

• »La distance, c’est le maître mot. On ne peut pas endosser les drames de tous ceux qui viennent se confier. Il faut savoir se préserver »

• »Vous qui me survivrez, continuez à vous battre, et n’oubliez pas de donner. Donner de votre temps, de votre argent. Quand votre heure aura sonné, vous vous envolerez vers des cieux inconnus et vous vous sentirez plus légers. Car tout ce qui n’est pas donné est perdu »

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