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Le cerf-volant – Laëtitia Colombani

Le cerf-volant – Laëtitia Colombani

Quatrième de couverture :

Brisée par un drame personnel, Léna abandonne la France et son poste d’enseignante pour partir en Inde, au bord du golfe du Bengale. Un matin, alors qu’elle nage dans l’océan, elle manque de se noyer. Une petite fille qui jouait au cerf-volant court chercher de l’aide. Comment la remercier ? Âgée de dix ans, la petite travaille dans un restaurant et ne sait ni lire ni écrire. Entourée d’un groupe de filles du village et de leur cheffe, la tumultueuse Preeti, Léna se lance dans un incroyable projet : fonder une école, pour tous les enfants du quartier qui en sont privés.

Au cœur d’une Inde tourmentée commence une aventure où se mêlent l’espoir et les désillusions, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation.

Mon avis :

Après avoir lu La Tresse et Les Victorieuses de la même auteure, il était juste impossible de passer à côté de son nouveau roman. Il y a tellement d’émotions dans la plume de Laëtitia. Difficile de trouver les mots justes pour parler de cet énorme coup de cœur ❤️.

Dès les premières pages, j’ai compris que j’allais de nouveau connaître ce sentiment très puissant à travers ce récit qui ne peut pas laisser indifférent. Trois femmes, trois destins et combats pour rester en vie. Une histoire que j’avais envie, à la fois, de dévorer et de lire en prenant le temps de m’imprégner de la force et du courage de ces trois personnages principaux.

Un livre que je place assurément sur mon podium de mes plus belles lectures et que je ne saurais que trop vous conseiller. Pour apprécier la chance que nous avons, en tant que femmes occidentales, de pouvoir faire des études, d’être libres de devenir celle que nous souhaitons. Soutenues et encouragées par nos familles dans nos choix et d’emprunter notre propre chemin vers le bonheur. Pour ne pas oublier que toutes les petites filles sont loin d’avoir notre chance, vendues ou exploitées dès leur plus jeune âge. Pour avoir envie de tendre la main vers ce peuple d’insoumis que tant considèrent encore de nos jours comme des Intouchables.

Il me semble si incroyable que toutes les petites filles du monde n’ont pas la possibilité d’aller à l’école, d’apprendre à lire et à écrire que j’ai ressenti cette rage, cette colère face à cette injustice. La même que Léna, avec ce courage d’oser vouloir changer le monde. Ce livre m’a véritablement ouvert les yeux sur la réalité de cette Inde si pleine de paradoxes mais qui ferme encore les yeux sur l’éducation des filles. Cette lecture s’est révélée comme un choc. Une réalité inacceptable pour Léna, animée par sa profonde certitude que l’instruction est un droit fondamental.

Les enfants ont tout, sauf ce qu’on leur enlève – Jacques Prévert

Lalita, Léna et Preeti, ces femmes qui ont traversé chacune un drame effroyable, vont se rencontrer, partager un morceau de vie, se reconnaître, s’unir pour tenter de se reconstruire. Chacune se bat contre la dureté de la vie. Se perdre loin de chez elles pour oublier, soigner ses blessures. Le combat de Léna m’a bouleversé par son courage, sa volonté et sa détermination d’offrir le meilleur à ces femmes que toute l’Inde délaisse. Sa générosité m’a profondément émue. Une histoire qui m’a serrée le cœur.

Ce livre aborde les multiples paradoxes de l’Inde, le sort réservé aux filles, les mariages forcés, l’illettrisme, le deuil. Le combat de Léna pour ouvrir une école afin que les filles puissent s’instruire et échapper ainsi à un destin tout tracé de soumise. Laëtitia Colombani nous offre un roman puissant et bouleversant qui réveille nos consciences. Une ode à la vie malgré les traumatismes et la cruauté du monde qui nous entoure. Se relever, s’associer, toujours rester digne dans l’épreuve. Garder l’espoir d’un monde meilleur et que chacun puisse avoir la même égalité des chances dans un avenir à construire.

Je ne vous cache pas mon envie de suivre Lalita sur son chemin de vie, envie de la découvrir adolescente dans les combats qui seront assurément les siens. Une petite fille terriblement attachante dont on a le désir profond de la voir construire son existence et trouver son bonheur. Où qu’il soit, avec l’aide de ces personnes bienveillantes pour la guider. Il est incroyable de s’attacher autant à un personnage de fiction mais qui pourrait tant exister dans la réalité.

Avez-vous déjà lu un livre de Laëtitia Colombani ? N’hésitez pas à me laisser votre avis en commentaires 😃. Le combat de Léna pourrait-il être le vôtre ou le devenir ?

Mes extraits :

• « Lorsqu’ils auront reconquis ce territoire qu’on leur a si longtemps interdit, elle pourra dire à tous, au village : Regardez ces enfants, un jour ils dirigeront le monde et il n’en sera que meilleur, car il sera plus juste et plus grand. Il y a une forme de candeur dans cette pensée, et de l’orgueil bien sûr, mais aussi de l’amour, et plus que tout, la foi en son métier »

• « Maintenir les filles dans l’ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d’instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n’ont aucun moyen d’échapper. On leur retire toute perspective d’évolution dans la société. Le savoir est un pouvoir. L’éducation, la clé de la liberté »

• « Cette main tendue sans arrogance, sans arrière-pensée, est bien plus qu’un simple salut. Elle signifie : Tu es comme moi. Je n’ai pas peur de te toucher. Je me moque bien de ton statut et de ta soi-disant impureté. Je te considère en égale et t’offre mon respect »

• « Elle s’est exilée loin, sur une terre vierge de tout souvenir, pour essayer de se reconstruire. Certains amis n’ont pas compris ; ils ont pensé qu’elle tentait de fuir. Léna n’a pas cherché à les détromper. Le deuil est un chagrin indivisible, que nul ne vous aide à porter. A chacun de s’en arranger »

• « Léna déteste le sentiment d’impuissance qui l’accable, mais elle le sait : son champ d’action est limité. Elle ne peut changer le monde et doit l’accepter. Son pouvoir s’arrête aux portes de la salle de classe, dérisoire enclave, pauvre bastion au cœur de ce village si attaché à ses traditions »

• « Sur le scooter lancé à pleine vitesse, Léna est prise d’un étrange sentiment : celui d’avoir trouvé une famille. Elles sont là, toutes les trois, entamées mais en vie. Trois combattantes, trois rescapées, trois guerrières. Chacune a traversé l’enfer et lui a survécu. Pas besoin d’avoir le même sang pour être sœur, fille ou mère »

Ma note : 10/10

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