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L’amour des grands – Caroline Michel

L’amour des grands – Caroline Michel

Quatrième de couverture :

Juin 2019. Emmanuelle se rend au mariage de sa sœur cadette. Si la journée s’annonce festive, elle redoute néanmoins de croiser un invité : Vincent, son premier amour. Qu’auront-ils à se dire ? Que reste-t-il de leur enfance révolue, de leur histoire inachevée, de leurs souvenirs faussement endormis ? Tandis que la noce bat son plein, Emmanuelle rembobine le film de sa jeunesse et de sa relation avec Vincent tout en redonnant vie aux années 1980-1990, à « Cendrillon » de Téléphone, à la vieille Renault 19 de ses parents et à une bande d’enfants inséparables. Avec finesse et humour, Caroline Michel questionne la place de nos premières amours dans nos vies d’adultes.

Mon avis :

Il y avait tout dans cette histoire pour captiver mon attention. Un sujet qui parle à tous. On a tous connu nos premiers émois, on est tous tombés amoureux une première fois. Certes, il y a des premières fois plus fortes pour certains, des premières fois inoubliables pour d’autres, des premières fois qui resteront uniques et qui rimeront avec toujours. Alors oui, je me suis plongée dans cette histoire avec curiosité, envie et désir de retrouver cette flamme qui a fait chavirer notre cœur pour la première fois.

J’avoue être restée sur ma faim. Il m’a manquée de l’émotion, beaucoup d’émotion. J’aurais tant aimé avoir le cœur qui palpite à la lecture des souvenirs de ce premier amour entre Emmanuelle et Vincent. J’aurais sûrement aimé découvrir aussi le point de vue de Vincent lors de cette journée spéciale pour tous les deux, et pas seulement celui de Manu. J’ai trouvé parfois trop de longueur et lenteur dans le récit, pas assez rythmé à mon goût.

Malgré tout, j’ai pris plaisir à me plonger dans les souvenirs d’Emmanuelle, de vivre avec elle ses émotions – qui n’auront pas été totalement les miennes malheureusement – en revoyant son premier amour. Celui avec lequel elle a grandi puisqu’ils étaient voisins. Se retrouver sur cette placette avec leur groupe d’amis, faire du vélo, jouer à chat perché. Quel enfant n’a pas vécu cela et connu ses premiers sentiments avec un petit voisin ?

Alors qu’Emmanuelle est le témoin privilégié de l’union de sa sœur avec le frère de Vincent – certains réussissent là où d’autres échouent – elle se sent fébrile. Elle redoute le moment où leurs regards se croiseront et leurs mains se frôleront. Elle donnerait tout pour savoir ce qu’il va ressentir. Des regrets ? De l’amertume ? De la nostalgie ? Alors que sa sœur vit un moment intense dans sa vie, l’esprit de Manu ne cesse de s’égarer dans ses souvenirs.

On découvre l’amour pudique, tout en timidité qui a relié les deux ex-amoureux. Trop de retenue, trop de distance et d’attente en silence. Comment peut-on passer à côté d’une histoire toute tracée ? Comment se donner corps et âme à son prochain amoureux lorsque sa précédente histoire demeure inachevée ? On ressent cette tendresse, cette affection réelle qui les relie sans jamais vouloir retenir l’autre ou freiner ses envies.

Ce livre a le mérite de nous interroger sur ce qu’il reste de nos amours passés. Ceux nés dans l’enfance, l’adolescence. Ces amours qui nous ont fait grandir, qu’ils soient maladroits ou déjà assumés. Une chose est certaine : on n’oublie jamais son premier amour. Ces moments d’amour où tout semble si simple, léger et possible.

Mes extraits :

• « Seule Anne-Sophie me racontait ce que je voulais entendre, alors je l’entendais : pour elle, rien ne pourrait nous séparer, Vincent et moi. La vie l’avait mis sur ma route, du moins sur la placette, et ce hasard était bien trop gros pour qu’il en soit autrement. Nous en parlions tous les jours, avec un sérieux sans limite, comme si nous maîtrisions les relations humaines au point de les appréhender dans leurs moindres virages, sans prendre conscience, jamais, que nos propos relevaient de la candeur d’une enfance à laquelle nous étions incapables de renoncer »

« Le problème, avec Vincent, était peut-être là : dans cette conscience aiguë de l’amour qui se trouve sous le nez. C’était si confortable que nous n’avons pas cherché à créer la relation, puisque la relation s’imposait »

« Vincent a repris place dans mes journées et dans mes projections, au départ tranquillement, et puis avec ferveur. Je me demandais à quel point les souvenirs et les décors pouvaient recharger un cœur, prenant conscience du même coup que je me débrouillais à merveille pour réveiller mes sentiments et retrouver le confort d’être amoureuse de Vincent. Je m’agrippais à la moindre pensée l’invoquant et la multipliais par mille. Je grimpais à vélo pour revivre d’un peu plus près ce qui n’existait plus. Une part de moi tenait a retrouver cette histoire »

• « Je passe de la nostalgie au chagrin ravivé, j’ai le cœur un peu serré malgré tout ce qu’on en dit, et par tout ce qu’on en dit, j’entends l’idée selon laquelle à trente-cinq ans on ne s’entiche plus de tout ça, on a grandi, mûri, accepté, mais quand Vincent est dans les parages, je ne vieillis pas, je n’apprends pas, je suis bloquée. Je n’ai visiblement pas fait mon deuil, ou bien je l’ai fait cent fois sans résultat. Ce sont des choses qui arrivent »

• « Le choix de faire avec ou de faire sans, tandis que la vie n’a guère été conciliante. Alors, j’insiste, prends-le, il te tend les bras, et je visualise mes bras si longtemps tendus quand les siens étaient ballants, et inversement »

• « Un Schneider était un garçon fermé, pas à l’aise avec les filles, un garçon vraiment amoureux mais incapable d’en faire quelque chose, un garçon qui aimait rêver et lire Kant, un garçon qui se questionnait sans cesse sur le sens de la vie, toujours découragé à l’idée d’avancer dans un monde aussi énigmatique. Un Schneider, il fallait aller le chercher, lui expliquer, il fallait prendre un avion pour le voir et le regarder dans les yeux. Il fallait secouer notre relation et puis la relancer, l’entretenir et la guider »

Ma note : 7,5/10

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