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Ainsi gèlent les bulles de savon – Marie Vareille

Ainsi gèlent les bulles de savon – Marie Vareille

Quatrième de couverture :

« Certains choix nous définissent à tout jamais, celui-ci en fait partie. A partir d’aujourd’hui, je peux bien écrire la neuvième symphonie, sauver le monde d’une troisième guerre mondiale ou inventer le vaccin contre le sida, on ne retiendra de moi que cet acte innommable : j’ai abandonné mon bébé, toi, mon minuscule amour aux joues si douces. Puisses-tu un jour me pardonner ? »

Trois pays, de vibrants portraits de femmes aux destins entrecroisés. Quel est le lien qui les unit ? Quelle est leur véritable histoire ?

De sa plume lumineuse et addictive, Marie Vareille nous offre une merveilleuse histoire d’amour, d’espoir et de résilience.

Mon avis :

Ce roman de Marie Vareille est celui que j’ai préféré. J’ai beaucoup aimé la douceur de sa plume pour évoquer les thèmes abordés. Qui mieux qu’une femme pour parler de la maternité ? N’importe quelle femme peut se reconnaître à travers les mots de l’autrice. Je dois même avouer que j’ai dévoré ce roman, terriblement touchant. J’ai adoré la construction ce livre, qui nous offre trois portraits de femmes entrecroisés que tout semble opposer… Ce roman est un coup de cœur véritablement.

En avançant doucement, un petit pas à la fois, on peut se relever de presque tout

Ce livre traite donc principalement de la maternité comme je vous l’ai déjà confié, de la femme qui met au monde son premier enfant et devient mère avec son flot d’émotions à fleur de peau. De la difficulté de tout assumer, de cette pression sur les épaules frêles d’une jeune maman, de la culpabilité de ne pas se sentir à la hauteur. Du refus de se faire aider les premières semaines alors qu’on a tant besoin de repos pour palier le manque de sommeil.

Qui n’a jamais vu son bébé pleurer, hurler sans jamais parvenir à le calmer ? Se sentir impuissant face à ses cris sans parvenir à trouver la moindre solution pour le calmer. Se sentir si nulle, angoissée face à l’ampleur de ce qu’implique ce nouveau rôle. Rien ni personne n’est jamais totalement prêt à affronter ce tsunami émotionnel. On naît maman en même temps qu’on donne la vie et on apprend tous les jours de ses maladresses et de cet amour débordant avec la volonté immense de toujours donner le meilleur de soi.

Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire

L’auteure aborde aussi l’hypersensibilité. Celle dont on a l’impression qu’elle isole, fragilise mais qui se révèle la plupart du temps une force. Ressentir plus fort les émotions pour mieux les exploiter. C’est une sacré richesse que de posséder ce don, qui peut aussi protéger et nous offrir cette possibilité de mieux comprendre les choses. Apprendre à dépasser nos craintes, nos peurs pour devenir celle qu’on a envie d’être. Tout simplement. Et être fière de nos différences, celles qui permettent d’avancer sur son propre chemin en s’affranchissant du regard souvent pesant d’autrui.

J’ai été touchée par ces trois femmes et leur parcours. La force qu’elles dégagent. A travers l’une d’entre elle, on découvre comment une jeune maman peut en arriver à abandonner son enfant. Au comble du désespoir, sans soutien, on peut vite se sentir défaillir et sentir la terre s’ouvrir sous nos pas, avec comme solution de fuir pour se sauver. La dépression post-partum, l’épuisement maternel sont traités avec tant de justesse, bienveillance, douceur. Une lecture poignante, bouleversante, avec des rebondissements pour une fin juste magnifique.

Un livre à mettre en toutes les mains, qu’elles soient féminines ou masculines, à tous les futurs parents. Pour une meilleure compréhension des bouleversements qui attendent les futures mamans, se sentir compris à travers nos émotions fluctuantes. Pour accepter l’aide dont on peut avoir besoin à un moment précis, se sentir soulager d’accepter ces mains tendues. Pour accepter notre hypersensibilité comme une réelle force. Parce qu’il y a forcément un petit bout de ces trois femmes en nous.

Mes extraits :

« J’aurais aimé que, au lieu de m’enseigner à être douce et a bien me tenir, on m’apprenne à avoir confiance en moi, à ne pas me laisser impressionner. J’aurais su alors que j’avais de la valeur, autant que n’importe qui, et que je n’avais pas à accepter que qui que ce soit, qu’il soit pape ou président, me traite autrement qu’avec le respect qu’on doit à tout être humain »

• « Depuis que je suis mère, tout ce qui ne consiste pas à m’occuper de mes enfants est devenu source de culpabilité. Prendre un bain, boire un verre, fumer une cigarette, faire du sport, lire un livre ou en écrire un, donner des petits pots industriels, les laisser pleurer cinq minutes parce que je suis à bout, oublier le goûter, les mettre à la crèche ou à l’étude parce qu’il faut que je travaille… Mais cette culpabilité, je peux vivre avec, parce qu’au fond, je sais qu’elle n’est pas légitime. Elle est le fruit d’une construction sociale de ce rôle de mère idéale que personne n’atteint jamais et dont on nous rebat les oreilles »

• « Il n’y a que deux choses en ce monde qui ont de la valeur, l’amour et la liberté. Si tu dois choisir entre les deux, choisis toujours la seconde, car il n’y a pas de vrai amour sans liberté. Promets-moi que tu finiras tes études, que tu feras les voyages dont tu rêvais et de ta vie quelque chose qui te plaît »

• « Elle préfère dormir dans mes bras, le nez enfoui dans le coin gauche de mon cou, pendant que je fais des tours de salon. Si je suis immobile ou si je la porte du bras droit, ça ne marche pas. Dans tout l’univers, il n’y a que moi qui connais cela d’elle, parce que je suis sa mère. Et une mère ne peut pas partir. Elle fait comme elle peut, elle galère, elle perd pied, elle s’enferme dans les toilettes pour pleurer tranquille, elle rêve parfois de plage déserte, de liberté et de solitude »

« Il faut s’écouter attentivement, apprendre à penser en dehors des cadres que d’autres ont construits pour nous et qui ne nous correspondent pas toujours »

• « L’amour, c’est laisser l’être qu’on aime libre de vivre la vie qui le rend heureux, c’est souhaiter son bonheur avant le sien, c’est le soutenir, toujours, même quand il se trompe. Mais surtout, c’est l’accepter exactement comme il est, avec ses failles et ses faiblesses, sans vouloir le changer »

• « J’ai envie de la serrer contre moi, de sentir sa chaleur et de respirer son odeur. Je voudrais lui murmurer que ça va aller, qu’on va s’en sortir, apprendre à se connaître et à s’aimer tellement fort que, quels que soient les séparations, les difficultés, les chagrins, la vie et le temps qui passe, rien, jamais, ne pourra atténuer cet amour-là »

• « Tout ce que tu ressens, c’est un don. Ce sont les gens comme toi qui voient la vérité du monde, pas ceux qui te disent de contrôler tes émotions. La vie n’est pas toujours facile pour les gens comme toi et moi, ceux qui perçoivent à chaque instant le monde dans tout ce qu’il contient de noirceur et de beauté, de joie et de souffrance. Mais ta sensibilité est ta richesse, ne fais pas les mêmes erreurs que moi : ne la laisse pas t’effrayer, n’en ai jamais honte. Laisse-la s’exprimer, dans les moments de désespoir comme dans les instants d’euphorie et elle deviendra ton talent »

Ma note : 9,5/10

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