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Mamma Maria – Serena Giuliano

Mamma Maria – Serena Giuliano

Quatrième de couverture :

« Ciao, Sofia, qu’est-ce que je te sers ? Comme d’habitude ? Et j’ajoute un cornetto, parce qu’il faut manger, ma fille ! Oui, merci Maria. »

Je m’installe en terrasse, face à la mer, comme chaque matin depuis que je suis de retour en Italie. J’aime bien travailler au son des tasses qui s’entrechoquent. Et, au Mamma Maria, j’ai toujours de la compagnie. Il y a ceux qui viennent tout le temps. Il y a les enfants qui rêvent devant le comptoir à glaces. Il y a les ados qui sirotent un soda, monsieur le curé, et surtout, mes partenaires de scopa. Ici, on vient échanger quelques mots, partager un apéro, esquiver la solitude ou écouter Celentano. Moi, je viens pour me persuader que j’ai bien fait de quitter Paris….et l’autre abruti. Il fait quand même meilleur ici. Et puis, on cherche aussi à profiter de la bonne humeur ( ou non ) de Maria, qui mène, comme une mamma, tout ce petit monde à la baguette. Bref, j’ai enfin retrouvé mon village paisible. Enfin, paisible jusqu’au jour où…..

Après Ciao Bella que j’ai beaucoup aimé, j’ai souhaité enchaîner rapidement sur le nouveau roman de Serena Giuliano. D’abord, parce que j’ai beaucoup aimé son style d’écriture, e rouis ensuite pour le plaisir de me replonger dans ce beau pays qu’est l’Italie.

Mon avis :

Alors bien sûr, comment ne pas penser, entre autres, à tous les italiens qui vivent des moments difficiles face à ce virus qui nous empoisonne la vie. Ce roman fait juste énormément de bien et nous projette dans un futur meilleur, en nous donnant l’envie de retourner en terrasse. Mais un peu de patience….Je suis certaine que le bar de Mamma Maria nous aidera à mieux vivre cette période si délicate du confinement. Serena nous envoie plein de soleil…À savourer sans aucune modération

Tout d’abord, Maria, 65 ans, qui tient son bar, avec vue sur mer, depuis 40 ans. Elle savoure la chaleur d écorce dans un si beau décor. Il faut dire qu’elle est bien entourée : Sofia, son fils Pino et sa femme Lella, les irréductibles joueurs de carte que sont Ugo, Luciano, Franco….Elle a véritablement autant d’amour pour son métier que pour ses clients. Tout lui monde vient lui confier ses joies, ses peines, ses difficultés. Maria a un cœur en or énorme.

Ensuite, Sofia qui vient de rentrer d’Italie après une déception amoureuse. Il s’agit bien de la meilleure décision qu’elle est prise, tant son pays lui manquait. C’est ici, en Italie, que vivent ses plus beaux souvenirs. Elle a besoin de renouer avec ses racines et tous ces paysages, ces endroits si chers à son cœur.

Alors oui, je rêve de me rendre sur la côte almafitaine, ce petit coin de paradis pour y retrouver ses multiples couleurs et odeurs. Celles du café, des cornetti, de la sauce tomate qui mijote. Envie de déguster ce cocktail à base de limoncello, goûter aux fameuses glaces et savourer de délicieuses pâtes aux fruits de mer. Écouter le bruit des vagues en étant installée en terrasse.

Ce livre est rempli de douceur et tendresse. Les relations intergenerationnelles sont omniprésentes. Aucune distinction d’âge, il règne une amitié sincère et honnête entre les personnages, ce qui les rend si attachants.

Le racisme a également une part importante dans ce récit. Le regard y est très juste, très réaliste dans l’analyse des sentiments ressentis avec de l’inquiétude tant le travail vient à manquer et la peur de l’inconnu. Mais on y découvre tant de bienveillance, entraide, solidarité, une générosité sans limite, une vraie bonté de cœur. Ce livre a le mérite de présenter de magnifiques personnes. Cela fait un bien fou vraiment. Oui, il existe des personnes qui ont envie d’aider les autres sans rien attendre en retour. Juste tendre une main à ceux dont la vie n’a pas fait de cadeaux et dont leur quotidien est fait essentiellement de tragédies, qui sont prêts à tout pour se donner une chance de s’offrir une meilleure vie. D’où l’importance de garder son cœur ouvert à l’autre, d’être tolérant.

Pour terminer, j’ai vraiment tout aimé dans ce livre. L’auteure nous délivre de magnifiques messages . Maria et Sofia nous prouvent qu’elles ont été capable de surmonter leurs peurs, peu importe son âge. Qu’il n’est jamais trop tard pour se remettre en question afin de s’améliorer. Accepter d écorce en suivant ses envies sans peur ni culpabilité. Maria et Sofia ont une véritable intelligence du cœur, de beaux exemples à suivre.

Mes extraits :

• « Ce que j’aime, ici, c’est qu’il n’y a pas de barrière de générations ; on est une famille. Les enfants ne manquent pas de faire un bisou ou d’apporter un dessin à mes retraités, les plus grands leur racontent leurs premières amours, et ils reçoivent en retour des conseils sages. C’est un lieu de rencontres et d’échanges. Il y a tant d’amour entre ces murs »

• « Mes parents nous ont transmis quelque chose d’inestimable : respecter les autres et être quelqu’un de bien »

• « il faut de l’amour, de la chaleur humaine à cette petite famille. Tu es celle qui en a le plus à revendre. Je vais avoir besoin de toi pour que tout le monde l’accepte, pour qu’elle ne se sente pas rejetée, pour qu’ils soient en sécurité. Ils viennent d’ailleurs, avec d’autres coutumes et d’autres croyances, qu’ils nous apportent comme autant de richesses »

« J’ai appris à vivre avec ce chagrin-là. Je crois qu’il y a des bras irremplaçables. Ça ne renferme pas autant d’amour. Il y a des manques impossibles à combler. Et des plaies qui, même après avoir cicatrisé, font aussi mal que le jour de la chute dès lors que notre regard se pose sur elles et en ravive le souvenir »

• « Moi, qu’elle porte un fichu, une casquette ou même un rideau sur la tête, je m’en fiche ! C’est ce qu’il y a dedans qui m’intéresse…Je crois qu’elle a vécu tellement d’horreurs dans sa jeune vie qu’elle mérite cent ans de bonheur. Je veux passer le reste du temps qu’il m’est donné à vivre a les aider »

• « Lorsque ces gens-là, comme je les ai souvent appelés, plongent leurs yeux dans les vôtres, lorsqu’on se retrouve devant une femme qui a préféré risquer mourir en pleine mer plutôt que de laisser ses enfants grandir dans un pays où ils ne seraient pas libres, on se sent tout petit »

• « Oui c’est bien la bêtise, l’ignorance et les images diffusées chaque jour en boucle à la télé qui font de nous des personnes aigries et fermées »

• « J’ai tellement souffert d’être celle en trop dans le tableau parfait qu’était ma famille. C’est difficile à porter, et ça a sûrement dû jouer sur mon insécurité. Sur ma recherche permanente de l’approbation d’autrui. J’ai tellement voulu plaire et ne pas déranger toute ma vie, que j’en ai oublié ce que je souhaitais vraiment, moi »

• « Tu dois arrêter de vivre dans le passé. Ta nonna n’est plus là. Mais elle est à jamais en toi. Refuser de donner ses vêtements, de changer les vieux meubles ne la fera pas revenir. Les personnes que l’on à aimées ne continuent pas à vivre dans les objets ou dans les odeurs. Elle veillera à jamais sur toi »

Ma note : 9,5/10

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