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Ma grande – Claire Castillon

Ma grande – Claire Castillon

Quatrième de couverture :

« La vérité, c’est : je t’ai tuée et c’est tout. J’ai sans doute pas raison. Je regrette rien, et c’est mal. » Ils se sont rencontrés à la piscine. Ils se sont aimés pas longtemps. Ils se sont acheté une maison. Il n’a jamais cessé de subir et malgré tout un enfant est né. Il n’était pas vraiment un homme battu : pas de bleus, rien de visible. Et pourtant des coups il y en a eu. Alors on se demande pourquoi il est resté.

Mon avis :

Ce livre est très spécial. D’abord parce qu’il évoque un sujet qui ne peut laisser ni indifférent, ni insensible. Mais également, dans le style d’écriture, où les personnages ne portent pas de noms. Le narrateur raconte sa vie d’homme marié à une femme qui lui fait subir une violence sournoise, invisible mais o combien destructrice. Ma grande parce qu’il ne peut pas l’appeler autrement tant il veut l’oublier.

Par son attitude, sa jalousie maladive, ses réflexions et critiques permanentes, ses paroles blessantes et humiliantes, elle le maltraite psychologiquement. Elle lui interdira tout, d’aller à la piscine, de voir ses amis, de les inviter chez eux. Elle contrôlera chacun de ses faits et gestes, jusqu’à lui laisser la carte bancaire uniquement pour faire les courses.

Il avait un hobby, l’écriture, avant elle. Une occupation, une passion qui lui permettait de s’évader et vivre ailleurs le temps d’un instant. Lassé par ses remarques incessantes, il a fini par abandonner. Comme tout ce qui lui tenait à cœur, progressivement. Elle contrôle tout, lui interdisant de fréquenter famille et amis. Pour avoir la paix, éviter cris et disputes, il se plie à tous ses désirs.

Lorsque sa fille naît, très rapidement après leur rencontre, il se retrouve enfermé. Comme dans une prison, à tout gérer, pour palier son manque de fibre maternelle, à affronter son agressivité. Il est privé de liberté. Elle ne fait que donner des ordres. Une atmosphère étouffante que l’on ressent en permanence, comme une asphyxie. Tout est sous surveillance. C’est devenu l’horreur de rester seul avec elle.

Il dit ne rester que pour sa fille, pour ne pas l’abandonner aux griffes de sa mère, pour la protéger et pour ne pas la perdre . Il s’en veut d’être aussi lâche et a honte de ne pas réussir à s’imposer totalement. D’oser affronter sa femme. Sous la violence des mots, il est devenu peureux et n’arrive plus à prendre de décisions sans lui demander la permission. Une destruction progressive mais bien réelle.

Il est enfermé dans un piège dont il n’arrive pas à s’extraire. Elle le brise en mille morceaux. Alors oui, j’ai souffert avec cet homme, de le voir subir sans être en mesure de relever la tête, de le voir supporter l’insupportable. Je n’avais qu’une seule envie, lui dire de s’enfuir, de ne surtout pas accepter ce qu’elle lui fait subir , pour lui mais pour sa fille qui ressent cette violence en plein cœur et en souffre terriblement. Elle lui demande même de divorcer car cette ambiance n’est pas vivable.

Tout le mécanisme de destruction est décrit merveilleusement bien même si cette lecture a été dure pour moi. Un enfant ne peut pas se construire normalement, tant il ressent la violence des mots et le mal être. La protection passe aussi par la décision de partir pour « sauver sa peau ». Alors oui, il en faut du courage pour décider d’arrêter cette spirale de l’enfer.

Et même après la disparition de sa femme, il n’en avait pourtant pas fini avec la peur, le regard de sa femme. Il la sentait partout autour de lui. Cela prend beaucoup de temps pour parvenir à se défaire de cette emprise, ce pouvoir qu’elle exerçait sur lui à plein temps. Il est perdu. Comment se reconstruire et ouvrir à nouveau son cœur ? C’est long de réussir à s’alléger du poids de tant de souffrance.

Une lecture coup de poing, sur un sujet délicat, mais abordé avec talent. 173 pages qui m’ont remuée.

Mes extraits :

• « Je me sentais toujours en prison avec toi car c’était impossible de m’exprimer sans être jugé ou repris »

• « Il y a un truc que j’ai jamais fait mais qui me faisait rêver. Te réveiller avec un grand seau d’eau froide dans la gueule »

• « J’écris sur ce dont j’ai peur a dit mon auteur fétiche John Irving. J’ai lu tous ses livres. Même ceux que tu as noyé dans une baignoire pour pas que je fasse autre chose que te regarder en vacances. Même ceux dont tu as déchiré les couvertures par petits fragments, pour cracher tes chewing-gums »

• « Je trouve triste d’être enfant unique. J’en ai pas vraiment souffert de mon côté mais, aujourd’hui, j’aimerais bien avoir quelqu’un de ma famille, un frère, une sœur. Quand les parents s’en vont, c’est trop dur d’être tout seul »

• « Après la mort de mon père, la langue de ma mère s’est déliée. Elle m’a dit qu’ils avaient été heureux tous les deux pendant quarante-cinq ans. Elle m’a demandé de vérifier, chaque jour après l’autre, que j’étais heureux là où je vivais. Et sinon, il fallait partir. Parce que le bonheur était forcément quelque part »

Ma note : 6/10

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